PREMIERE ET SEULE IMPRESSION INCUNABLE DE LA PLUS ANCIENNE CHRONIQUE OFFICIELLE DE VENISE
LE SAGE (Alain-René) - Oeuvres choisies -...
ARIOSTE (Ludovico Ariosto, dit) - Orlando...
VILLEDIEU (Madame de) - Œuvres
SABELLICUS (Marcus Antonius Coccius)
M. Antonii Coccii Sabellici Rerum Venetarum Ab Urbe Condita In Universum Opus
[Venise, Andrea Torresano de Asola, 21 Mai 1487]
In-folio (38,8cm x 27cm) de 240 feuillets signés : a8 ; b-h6 ; i-k8 ; l-y6 ; A-H6 ; I-M8 ; N10 ; O6 dont les feuillets d’errata
Première et seule impression incunable de la plus ancienne chronique officielle de Venise.
Reliure ancienne exécutée fin XVIIIᵉ siècle (ou tout début XIXᵉ) en plein veau brun, dos décoré de filets et roulettes dorés, à quatre nerfs surlignés d’une roulette dorée, deux pièces de titre et de tomaison de maroquin vert foncé.
Provenance : cachet ovale à l’encre noire avec monogramme IHS (ancienne bibliothèque religieuse) / Millon & Associés – Vente du 30 juin 2010 (Lot N°108) / Collection privée.
Trois capitales enluminées peintes postérieurement aux feuillets septième, huitième et neuvième et de nombreuses annotations manuscrites marginales, à l’encre brune, d’une main ancienne. Notes de lecture et repères textuels d’un lecteur érudit ou ecclésiastique très probablement contemporains ou proches de l’époque de l’édition.
Les deux feuillets d’errata, imprimés séparément en caractères gothiques et manquants à la majorité des exemplaires recensés, sont ici bien présents.
Histoire populaire et condensée de Venise, depuis ses origines jusqu’en 1486, rédigée à la hâte par Marco Antonio Coccio, dit Sabbellico (vers 1436-1506). L’auteur composa cet ouvrage en seulement quinze mois, alors qu’il était séquestré à Vérone durant une épidémie de peste. L’entreprise répondait à une nécessité politique : alors que Venise connaît un rayonnement intellectuel sans précédent, il manque encore à la République une version officielle, moderne et structurée de son histoire.
Ce rayonnement culturel reflète l’importance d’une cité où l’imprimerie, en pleine expansion, joue un rôle déterminant dans la diffusion du savoir et dans la construction d’une identité commune. Sur décision du doge, on fit venir Sabbellico afin de produire une histoire officielle, destinée autant à instruire les élites qu’à servir l’autorité de l’État.
Le troisième livre de la quatrième Décade évoque la mort du dédicataire, le doge Marco Barbarigo (14 août 1486), suivie de la succession de son frère Agostino (30 août 1486). Le 1ᵉʳ septembre 1486, Sabbellico se vit accorder un droit d’auteur, considéré comme le premier privilège littéraire officiellement délivré par la République de Venise à un écrivain vivant, en reconnaissance d’un ouvrage jugé d’utilité publique. Le Sénat le récompensa ensuite par une pension annuelle, la chaire publique de lettres à l’école de San Marco, ainsi que la charge de la Bibliotheca Marciana.
Bien qu’imparfaite en plusieurs points, cette œuvre constitue une étape essentielle : elle marque le passage de la chronique médiévale à l’histoire au sens moderne, offrant pour la première fois à Venise une narration officielle, structurée et politique de son passé.
Le colophon indique : « Hoc opus Impressum Venetijs Arte & industria optimi viri Andreae de Toresanis de Asula Anno M.CCCCLXXXVII die XXI Madii, Augusto Barbarigo inclyto principe ». Soit Venise, 21 mai 1487, sous le dogat d’Agostino Barbarigo.
L’impression est due à Andrea Torresani d’Asola (Torresanus), l’un des imprimeurs les plus influents de la fin du XVe siècle, futur beau-père et associé d’Alde Manuce. Son atelier constitue le noyau du grand mouvement humaniste et éditorial vénitien : les impressions de cette période, antérieures à la fondation officielle de l’Aldine, comptent parmi les jalons fondateurs du livre humaniste moderne.
RARE et bon exemplaire sur papier fort et à très grandes marges malgré de nombreuses traces superficielles d’usage : épidermures, griffures, taches anciennes, coupes et coins émoussés ; quelques restaurations visibles, mors du premier plat entamés sur 9 et 2cm. Papier sain, mouillures anciennes marquées sur quelques feuillets, rousseurs et piqûres éparses sinon exemplaire globalement bien propre, renfort de papier au recto du premier feuillet avec manque angulaire (restauré et loin du texte imprimé), petit travail de vers en angle extérieur des 3 derniers feuillets.